 Premio Ortega y Gasset 2008 Periodismo Digital
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Generación Y es un Blog inspirado en gente como yo, con
nombres que comienzan o contienen una "i griega". Nacidos en la Cuba de
los años 70s y los 80s, marcados por las escuelas al campo, los
muñequitos rusos, las salidas ilegales y la frustración. Asà que invito
especialmente a Yanisleidi, Yoandri, YusimÃ, Yuniesky y otros que
arrastran sus "i griegas" a que me lean y me escriban.

Tu dois donner ton passeport ! lui ont-ils dit à l’arrivée à Caracas, pour éviter qu’il ne rejoigne la frontière et déserte. Toujours à l’aéroport ils lui ont lu le livret : « Tu ne peux pas dire que tu es cubain, tu ne dois pas aller dans les rues en tenue de médecin et il vaut mieux éviter les échanges avec des vénézuéliens ». Quelques jours plus tard il a compris que sa mission était politique car plus que porter remède aux problèmes cardiaques ou aux infections pulmonaires il devait examiner les consciences et vérifier les intentions de vote.
Au Venezuela il a aussi connu la corruption de ceux qui dirigent le projet « Au sein du Quartier ». Les « animateurs » d’ici convertis en « délinquants » là -bas, qui accaparent le pouvoir, les influences, l’argent et qui font même pression sur les médecins femmes et les infirmières qui voyagent seules pour qu’elles deviennent leurs maîtresses. Ils l’ont logé avec six collègues dans une chambre trop étroite et l’ont averti que s’ils venaient à mourir, victimes de la violence qu’il y a à l’extérieur, ils seraient donnés comme déserteurs. Mais il n’a pas déprimé. En fin de compte il n’a que 28 ans et c’est la première fois qu’il peut échapper à la protection paternelle, à la léthargie de son quartier et aux pénuries de l’hôpital ou il travaille.
Un mois après on arrivée on lui a donné une carte d’identité en l’avertissant qu’il pourrait l’utiliser pour voter aux prochaines élections. Dans une réunion éclair, quelqu’un a parlé du coup dur que serait pour Cuba la perte d’un allié aussi important en Amérique Latine. « Vous êtes des soldats de la patrie » leur a –t-on crié pour finir, et en tant que tels vous « devez garantir que la vague rouge s’impose dans les urnes ».
Le temps est maintenant passé où il croyait qu’il allait sauver des vies et alléger les douleurs. Il veut seulement rentrer, retourner sous la protection de sa famille, raconter à ses amis la vérité, mais pour le moment il ne le peut pas. Il doit d’abord faire la queue au collège électoral, laisser sa cotisation de soutien au PSUV, apposer son pouce sur un écran en signe d’assentiment. Il compte les jours qui restent jusqu’au dernier dimanche de septembre, et croit qu’ensuite ils le laisseront repartir.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY
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Le jour où Juan Juan Almeida a annoncé le début de sa grève de la faim, il nous a semblé revivre l’expérience cauchemardesque du long jeûne de Guillermo Fariñas. Nous, ses amis qui l’aimons, nous lui disions “C’est la pire des décisions”. Nous étions sûrs qu’il n’allait pas supporter l’extrême dureté de l’inanition et que les autorités ne cèderaient pas non plus face à la rébellion de ses intestins vides. Heureusement, nous nous trompions. Il s’est avéré que JJ le blagueur -comme ses plus proches amis l’appelons- était non seulement disposé à entamer avec le gouvernement un bras de fer à l’issue imprévisible, mais qu’en plus il était prêt à s’immoler pour nous tous, pour nous qui à de nombreuses reprises avons essuyé le refus de la possibilité de voyager hors de cet archipel.
Le jovial quarantenaire nous a donné une leçon douloureuse mais efficace : bien que nous n’ayons pas d’urnes pour voter directement pour ceux qui nous gouvernent, ni de tribunaux qui acceptent une plainte pour maltraitance de la part de la police, ni encore moins de voies à travers lesquelles un citoyen puisse dénoncer les restrictions migratoires qui l’enchaînent au territoire national, il nous reste nos os, notre peau, les parois de notre estomac pour réclamer, sur le territoire fragile de nos corps, les droits qu’on nous a supprimés.
Traduction M. Kabous

Huit heures du matin, et les rails de la gare de Factor et Tulipan gardent encore la fraîcheur de l’aube. L’unique train qui arrive de San Antonio de los Banos est en retard. Les petits vieux assis sur les murs revendent les journaux achetés de bonne heure et offrent également des cigares au détail. Cette semaine ils ont subi un dur revers à l’annonce de la fin de la distribution rationnée de boites de « Titanes y Aroma ». Très mauvaise nouvelle pour ceux qui, à l’échelon le plus bas de notre marché informel, doivent vendre leur propre quota de rationnement pour survivre.
Parmi les absurdités du système cubain de commercialisation centralisée subsistait la règle que seules les personnes nées avant 1955 recevaient des cigares sur leur livret de rationnement. Dans ma famille mon père avait une dotation mais ma mère, trois ans plus jeune, ne la touchait déjà plus. Mi sérieux, mi sur le ton de la plaisanterie, un ami me disait qu’un jour ils remettraient la dernière boite  à un cubain très âgé qui aurait vu le jour au milieu du vingtième siècle.  Vous imaginez la scène : Le drapeau déployé, les sonneries de trompettes et un bataillon de cérémonie se dirigeant vers le vieux pour lui remettre la dernière boîte de cigares rationnés.
Bien ou mal, cela ce se passera pas ainsi. Ceux qui étaient plus jeunes quand a commencé le subventionnement de la nicotine atteignent à peine les soixante ans aujourd’hui. Ceux qui n’ont jamais bénéficié de cette dotation vivent cela comme une gifle de moins au visage. Je crois cependant que quelqu’un devrait indemniser les petits vieux de la gare de Tulipan et tous ceux à qui, dans  tous les coins de l’île, cette vente à la petite semaine permettait de vivre.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

Le portable sonne mais je ne décroche pas. J’attends que la sonnerie s’arrête et je me dirige vers une cabine proche pour faire le numéro qui s’est enregistré. J’ai averti mes amis pour qu’ils laissent sonner et qu’ensuite je les rappelle, mais certains insistent et oublient le coût élevé d’une minute de conversation sur le réseau mobile. Nous avons un code entre nous : deux sonneries si c’est urgent et trois si ça peut attendre. Lorsque je suis dans la rue et que l’appareil que j’ai dans la poche se met à vibrer je cherche une cabine qui accepte les pièces et dont on n’ait pas arraché le combiné.
Bien que la société de télécoms ETESCA nous ait informés que le nombre d’usagers des portables allait bientôt dépasser le million, nous souffrons toujours d’un handicap avec cette technologie. Recevoir un appel national est une folie, configurer le MMS peut nous coûter des heures de lutte avec les opérateurs et trouver un endroit où l’on peut recharger sa carte rappelle le film « Mission Impossible ». Tel un adolescent dont les pieds ont grandi et qui n’entre plus dans ses chaussures, notre téléphonie cellulaire a vu le nombre de ses abonnés augmenter sans que ses infrastructures accompagnent l’évolution. Car une pareille croissance n’obéit pas à un développement généralisé mais au désir de collecter –à tout prix- ces billets convertibles et colorés qui veulent ressembler au dollar.
Malgré les récentes baisses pour permettre de s’abonner, un médecin ne peut pas encore se payer un téléphone mobile et la police politique bénéficie de tarifs subventionnés en monnaie nationale. Il n’est pas non plus possible de signer un contrat avec paiement en fin de mois car nous sommes condamnés à payer d’avance pour pouvoir nous connecter. Beaucoup ont le sentiment de se faire escroquer par ETESCA, mais le monopole d’Etat ne permet pas à d’autres concurrents de nous offrir un service meilleur et moins cher. En attendant une solution, des milliers d’usagers se livrent à un étrange code Morse avec les téléphones : un coup, deux coups… « Ne te précipite pas pour répondre ! Cours seulement vers le téléphone le plus proche. »
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

De l’immeuble du numéro 216 était parti un craquement inquiétant, quelques secondes avant que les murs ne se séparent et que le toit ne s’écroule. La façade s’était effondrée aux premières heures de la matinée alors qu’il n’y avait encore personne sur le trottoir. La poussière avait flotté pendant plusieurs jours et collé aux vêtements des curieux qui allaient regarder et retirer quelques briques dans l’amas de poutres, de planches et de dalles. Les immeubles adjacents n’avaient pas trop souffert et les voisins avaient plutôt profité de l’écroulement car il leur laissait libre un mur dans lequel ils allaient pouvoir ouvrir de nouvelles fenêtres. Un an après, à la place de l’immeuble de deux étages effondré, s’entassaient les ordures de tout le quartier et les passants urinaient dans les recoins des colonnes.
Les habitants allèrent s’installer dans l’abri connu sous le nom de Vénus, à quelques rues de la gare de chemin de fer centrale. Ils étaient arrivés là avec l’espoir qu’il s’agirait d’un bref séjour entre les cloisons et les draps tendus en guise de murs. En réalité ils vivent là depuis plus de vingt ans, dans des pièces humides encombrées de lits superposés. Leurs enfants ont grandi là , y sont tombés amoureux et y ont procréé tout en partageant la salle de bain collective et la cuisine aux murs noircis par la suie.
Au début ils croyaient qu’on les relogerait dans un meilleur endroit mais, avec les ouragans et les dégradations, la situation du parc des logements a empiré, et des milliers de personnes viennent s’ajouter chaque année à la liste des déshérités. Avec le temps ils ont oublié ce qu’est ouvrir une porte dans une maison à soi, se déshabiller dans une chambre sans penser que des dizaines d’yeux indiscrets vous regardent, prendre une douche sans que quelqu’un frappe désespérément à la porte en demandant son tour. Ils ont oublié comment on vit ailleurs que dans un abri.
Traduit par Jean-Claude MAROUBY

Il n’y a pas grand chose à voir depuis le mur du Malecon. Un plateau bleu qui se fâche de temps en temps et lance ses vagues ourlées d’écume sur l’avenue qui le limite. On ne voit aucun voilier, à peine deux ou trois embarcations rafistolées autorisées par la capitainerie du port. En été, les adolescents se jettent dans les eaux chaudes, mais l’hiver ils s’éloignent, craignant les éclaboussures et le vent froid. Un bateau fait route d’est en ouest chaque soir ; ombre sur l’horizon qui contrôle d’éventuels “balseros” s’échappant vers le détroit de Floride.
Nous sommes précisément dans ces mois de l’année où l’avenue côtière connaît sa plus grosse ébullition. Mais tout se passe entre le récif et la rue, jamais -même pas en rêve- ne verra-t-on ce dynamisme gagner la grande étendue salée qu’il y a de l’autre côté. Quand donc avons-nous commencé à vivre dos à la mer ? A quel moment cette partie du pays, qui est à nous aussi, a cessé de nous appartenir ? Manger du poisson, se promener en bateau, regarder les bâtiments au rythme d’une vague, profiter du camaïeu de bleus visible à la naissance de la première accore. De chimérique actions dans une ville qui possède un littoral, d’amers délires pour une ÃŽle qui semble flotter sur le néant et non sur la mer Caraïbe.
Je rêve qu’un jour il ne soit pas nécessaire de montrer un passeport étranger pour louer ne serait-ce qu’une barque avec des rames. Les voiles redeviendront maîtres de cette baie, elles nous rappelleront que nous vivons dans une Havane maritime, née entre le cri des corsaires et le bruit du port. Le pagre chassera de nos assiettes les tanches et autres poissons d’eau douce et depuis le mur du Malecon - les jambes pendant au-dessus des roches acérées - nous saluerons une file de bateaux qui feront des allers-retours à la forteresse du Morro.
Traduction M. Kabous

La nouvelle du retour de Fidel Castro à la vie publique après quatre ans d’absence a éveillé des fantasmes et des inquiétudes, en particulier parce que sa réapparition inattendue survient juste au moment où l’on attend le plus désespérément les réformes de son frère Raoul, à qui il avait confié toutes ses fonctions depuis juillet 2006.
Le retour des célébrités a tendance à se répéter fréquemment, aussi bien dans la vie réelle que dans la fiction, qu’il s’agisse de Don Quichotte ou de Casanova, de King Kong, d’Elvis Presley ou de Juan Domingo Perón. Mais la désillusion de ceux qui constatent que toutes ces choses qui s’en vont, à l’instar des hirondelles de Becker, ne reviendront pas, ou du moins pas telles qu’on se les rappelait, est récurrente elle aussi. Fidel Castro n’a pas échappé à ce côté terne qu’ont les remakes, à cette dose de désespoir que l’on perçoit chez ceux qui insistent pour revenir.Â
Ce vieil homme balbutiant aux mains tremblantes n’a rien à voir avec le robuste militaire au profil grec qui, depuis une place où un million de voix reprenait en chÅ“ur son nom, proclamait des lois qui n’avaient été discutées avec personne, graciait, annonçait des exécutions ou prêchait le droit des révolutionnaires à faire la révolution. Il n’est que l’ombre de l’homme qui, durant des heures, occupait les plateaux de télévision et tenait en haleine tout un peuple de l’autre côté de l’écran.
Le grand improvisateur du passé se réunit aujourd’hui avec un auditoire de jeunes dans la petite salle d’un théâtre où il lit un résumé de ses dernières réflexions -déjà publiées dans la presse- et, au lieu d’instiller la peur qui faisait trembler les plus courageux, il provoque, dans le meilleur des cas, une tendre compassion. Une jeune journaliste lui pose une question complaisante et lui fait part en public de son désir : “Laissez-moi vous embrasser”. Qu’est devenu cet abîme qu’aucune audace n’osait franchir?
Une preuve significative du fait que le retour de Fidel Castro devant les micros n’est pas bien vu est que même son propre frère n’a pas voulu se faire l’écho, dans son dernier discours devant le parlement, des sombres prédictions lancées par Fidel sur le caractère inévitable d’un prochain conflit militaire dont la scène peut être la Corée du Nord ou l’Iran et dont le dénouement fatal sera -selon ses présages- la conflagration nucléaire. De nombreux observateurs signalent le fait que le Leader Maximo daigne à peine regarder les innombrables problèmes de son pays, se limitant à voir la paille dans l’Å“il du voisin, que ce soient les problèmes climatiques de la planète, l’épuisement du capitalisme en tant que système ou les récentes prédictions de guerre. D’autres croient voir dans son apparente indifférence pour les événements cubains, des signes voilés de mécontentement. Si César n’applaudit pas, c’est que quelque chose va mal, même s’il ne censure pas. Il semble inconcevable qu’il ne soit pas au courant de l’appétit de changement qui dévore aujourd’hui la classe politique cubaine, et il serait trop naïf de croire qu’il leur donnerait son aval. Après tant d’années à l’affût de ses gestes de la main, de la manière dont il fronce les soucils ou du rictus de ses oreilles, les fidelologues pensent qu’il est maintenant imprévisible et craignent que le pire survienne s’il lui prenait l’envie de déblatérer contre les réformistes face aux caméras de télévision.
C’est peut-être pour cela que l’impatiente meute des nouveaux loups ne veut pas éveiller la colère du vieux commandant, proche de son 84ème anniversaire. Ceux qui, depuis les sphères du pouvoir, prétendent introduire des changements plus radicaux, attendent tapis sa rechute prochaine. Pendant ce temps, ceux qui se soucient sincèrement de la survivance du processus s’alarment face au danger que représente l’évident déclin du mythe qui a personnifié pendant cinquante ans la révolution cubaine. “Pourquoi ne reste-t-il pas tranquillement à la maison en nous laissant travailler?”, pensent certains sans même oser le marmonner.
Nous avions commencé à penser à lui comme à un élément qui appartient au passé, ce qui était presque une manière noble de l’oublier ; de nombreuses personnes se préparaient à lui pardonner ses erreurs et ses échecs pour le placer sur quelque piédestal cendré de l’histoire du XXème siècle, où son portrait -effectué durant le dernier de ses meilleurs moments- apparaissait déjà au côté de ceux des illustres morts. Tout à coup, il est revenu exhiber impudiquement ses problèmes de santé et annoncer la fin du monde, comme s’il voulait nous convaincre que la vie après lui n’aura aucun sens.
Ces dernières semaines, celui que l’on a jadis appelé le Numéro Un, le Leader Maximo, le Cheval, ou simplement désigné par le simple pronom personnel Il, s’est présenté à nous dépouillé de feu son charisme époustouflant, pour nous confirmer que ce Fidel Castro, malgré sa réapparition aux informations, ne reviendra -heureusement- plus.
Article publié à l’origine dans The Washington Post
Traduction M. Kabous
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Enfin, je m’assois sur la chaise d’un hôtel, j’ouvre mon ordinateur portable et je jette un Å“il à droite et à gauche. En me voyant, l’agent de sécurité marmonne un rapide “elle est arrivée” dans le micro accroché au revers de sa veste. Ensuite, apparaîtront quelques touristes, pendant que mon index actionne la souris à toute vitesse pour optimiser mes rares minutes d’accès Internet. C’est la première fois en dix jours que je parviens à me plonger dans la grande toile mondiale. Une liste de proxys m’aide pour les pages censurées et je pourrai voir la page d’accueil de Génération Y depuis un serveur anonyme, pont vers d’autres sites interdits. En trois ans, je suis devenue une spécialiste des connexions lentes, entravées et surveillées des cybercafés publics. A tâtons, j’administre un blog, j’émets des tweets dont je ne peux pas lire les réponses, je gère une adresse mail presque bloquée.
Après être passés outre les limitations pour pouvoir accéder au cyberespace, nous les Cubains avons la preuve que la censure nous prend en étau de deux manières différents. L’une naît de l’absence de volonté politique de notre gouvernement de permettre dans l’Ile un accès massif aux réseaux du web. Cela est visible à travers les blogs et les portails filtrés ou encore les prix prohibitifs pour une heure à surfer sur le WWW. L’autre manière -tout aussi douloureuse- est l’Å“uvre des services qui excluent les résidents de notre pays en utilisant le prétexte de l’anachronique blocus/embargo. Bien naïfs ceux qui croient que limiter l’accès pour mes compatriotes aux fonctionnalités de sites comme Jaiku, Google Gears, Appstore, aura un quelconque effet sur les autorités de mon pays. Qu’ils sachent que ceux qui nous gouvernent ont chez eux des antennes satellites, large bande, l’Internet illimité, des iPhones bourrés d’applications, pendant que nous -les citoyens- butons contre un écran qui signale “ce service est indisponible pour votre pays”.
De la même manière que nous contournons les restrictions à l’intérieur du pays, nous nous faufilons à travers la grille fermée de ceux qui nous excluent de l’extérieur. Pour chaque cadenas qu’ils nous imposent, il existe un truc pour le crocheter et l’ouvrir. Mais je n’en suis pas moins frustrée de voir qu’après avoir échappé aux agents de sécurité en bas de chez moi, payé pour une heure d’Internet le tiers d’un salaire mensuel, lu la haine sur le visage des vigiles des hôtels, constaté que Revolico, Cubaencuentro, Cubanet et DesdeCuba sont toujours plongés dans la nuit noire des sites censurés, je me lance et je tape -comme une exhortation à l’amélioration- une URL et qu’au lieu de la voir s’ouvrir, je vois apparaître devant moi le mur qu’ils ont dressé de l’autre côté.
Traduction M. Kabous

Voilà une semaine que Max Marambio, alias Le Bedonnant, aurait dû arriver dans l’Ile, comparaître devant un tribunal, expliquer certaines choses. Pourtant, le dirigeant de la joint-venture RÃo Zaza, au courant – comme personne – des conséquences imprévisibles lorsqu’on se livre à la justice cubaine, a préféré la protection de sa terre chilienne. Accusé de corruption, de malversation, de falsification de documents bancaires et d’escroquerie, celui qui fut jadis le jeune favori du Leader Maximo vient de recevoir - au lieu de tapes sur l’épaule - un avis de recherche et de capture.
Marambio me manque, alors même que je ne le connais pas, car depuis qu’il est parti, le nombre de familles qui peuvent boire un verre de lait dans cette île a brutalement baissé. Le marché noir qui s’alimentait dans ses entrepôts a chuté juste après son départ et les réseaux souterrains qui détournaient ses produits ont fini par s’assécher ou par doubler les prix. Lorsque le lieutenant colonel devenu gérant a fui vers Santiago du Chili, nous nous sommes rendus compte du rôle que cet homme - formé au plus près du pouvoir - jouait sur nos tables. Il ne le faisait pas par altruisme - c’est sûr - mais au moins, il diversifiait l’ennuyeuse production locale et grâce à lui, un tetrapack n’était plus un objet de collection.
Marambio a amassé sa fortune là où les Cubains ne peuvent pas investir un centime, dans ces entreprises mixtes ouvertes aux passeports étrangers, mais pas aux nationaux. Son histoire personnelle a été un avant-goût de ce que nous allons connaître, l’annonce de la manière dont les grades militaires vont se transformer en costumes-cravates, en hommes d’affaires sans idéologies. Malgré son habileté à manier les armes d’hier : une Kalachnikov, les consignes, les dogmes marxistes, nous nous souviendrons de lui pour d’autres stratégies : les comptes bancaires, l’échange de bons procédés, les investissements. Ses anciens compagnons de lutte n’auront aucune clémence lorsqu’ils le jugeront au tribunal, parce que Le Bedonnant a fini par se transformer en un concurrent commercial et qu’en plus il connaît trop d’histoires - secrètes - sur eux.
Traduction M. Kabous

Ma mère oscille d’un côté à l’autre. Elle prend d’abord appui sur une jambe puis sur l’autre ; moi pendant ce temps je m’accroche à ses hanches de mes frêles bras de petite fille de sept ans. C’est une queue pour quoi ? Je ne sais pas, peut-être sommes-nous à l’arrêt de bus, à l’extérieur d’un magasin où ils auraient reçu des assiettes ou en face d’une pharmacie pour acheter de l’aspirine. C’est une longue queue sous le soleil, si longue qu’il semble que notre tour n’arrive jamais.
Ma mère s’évente. Elle continue de tanguer de droite à gauche. Par le biais de ce mouvement – sans même s’en rendre compte - ma mère m’enseigne l’art de l’attente, exercice de patience pour faire face aux longues queues qui m’attendent.
Traduction M. Kabous
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